Je rends grâce au Seigneur de m’avoir donné des formateurs qui, dès le début de mon initiation à la spiritualité xavérienne, m’ont fait découvrir, à travers ses écrits, la riche personnalité du Fondateur. L’enthousiasme et le respect avec lesquels ils parlaient de lui trahissaient l’immense influence qu’exerçait sur eux sa pensée. Parmi les textes qui alimentaient alors notre formation, les Discours aux partants et la Lettre testament avaient la priorité. Cette dernière a profondément marqué entres autres ma manière de comprendre et de vivre l’union au Christ, l’articulation mission-vie religieuse, et le sens d’appartenance à l’Institut.
En outre, si d’un bout à l’autre cette lettre m’a illuminé, je dois cependant avouer que sa finale a eu plus d’impact sur moi. Conforti y écrit en effet : « J’embrasse avec tendresse, comme s’ils étaient devant moi, tous ceux qui ont exprimé leur adhésion à notre humble société et tous ceux qui le feront dans l’avenir, et sur tout un chacun j’implore de Dieu, dans ma petitesse, l’esprit des apôtres et la persévérance jusqu’à la fin. » (LT 11) Cette phrase m’a communiqué la certitude que m’a présence dans l’institut a été prévue et voulue, que, dans le miracle de l’amour qui domine les temps et unit les générations, j’ai été tendrement accueilli par le Fondateur ! Le fait de me sentir « fils de Conforti » m’a aidé à vivre la joie d’être « fils de l’Institut xavérien » !
Par ailleurs, le fort accent mis par Conforti sur la nécessité, pour le missionnaire, de se tenir continuellement en présence du Christ, en assumant les diverses réalités qui remplissent son existence dans une perspective de foi m’a stimulé, pendant ma formation de base et après mon engagement définitif, à approfondir l’expérience du Christ vivant et cheminant avec moi dans l’aujourd’hui de ma vie. J’ai pu comprendre que ce n’est pas d’abord la force de ma volonté, ni la solidité de mes motivations qui me font assumer sereinement les exigences liés à ma vocation, mais le fait de me sentir continuellement regardé et aimé par le Christ, « lui qui nous accompagne partout où nous allons : à la prière, à l’autel, à l’étude, dans les différentes activités de notre ministère apostolique, dans les rencontres fréquentes avec notre prochain, au moment du découragement, du chagrin et de la tentation ». (LT 7)
Quand je suis devenu formateur, je me suis souvent posé la question de l’orientation qu’il fallait donner à la formation pour qu’elle conduise progressivement les étudiants à s’offrir librement à Dieu, dans un don qui les épanouisse et, en même temps, s’harmonise avec l’esprit de l’Institut. Il m’a alors semblé qu’il fallait insister sur les éléments qui, selon Conforti, constituent les trais caractéristiques du xavérien : « Un esprit de foi vive qui nous amène à voir Dieu, à chercher Dieu, à aimer Dieu en toute chose, vivifiant sans cesse en nous le désir de diffuser partout son règne ; un esprit d’obéissance empressée, généreuse, sans faille (…) un esprit d’amour extrême envers notre famille religieuse qu’il nous faut regarder comme notre mère et un esprit de charité à toute épreuve envers les membres qui la composent. » (LT 10) J’ai constaté que ce texte, lu et médité avec les étudiants dans l’espace d’une récollection ou d’une retraite spirituelle, suscitait en eux l’attachement cordial à l’Institut, car elle les faisait contempler sa dimension maternelle. Le sens d’appartenance était lié, chez eux, à l’expérience spirituelle et existentielle de la maternité de l’Institut !
Enfin, en considérant mon expérience personnelle et celle de nombreux confrères, j’ai pris toute la mesure de la difficulté à faire marcher ensemble mission et vie religieuse, aspirations personnelles et discernements communautaires. Aussi ai-je souvent convoqué la Lettre Testament 2, pour faire découvrir aux étudiants l’équilibre et la fécondité apostolique qui se manifestent dans la vie d’un xavérien quand il articule, dans sa personne et son activité, le zèle apostolique et les exigences de la vie religieuse. Le fondateur affirme en effet que « la vie apostolique, jointe à la profession des vœux religieux, constitue en soi ce que l’on peut concevoir de plus parfait selon l’Evangile. »
Je suis convaincu que le renouveau spirituel et apostolique de l’Institut dépendra, dans une large mesure de l’accueil et du vécu des intuitions du Fondateur telles qu’elles sont déployées dans son héritage qu’est la Lettre Testament. Alors que nous nous apprêtons à célébrer le centième anniversaire de celle-ci, que l’Esprit de Dieu nous aide à y puiser des énergies nouvelles pour être témoins de Jésus parmi les non-chrétiens !
Pierre Emalieu sx
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