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Quel sens donner à la consécration missionnaire à partir de la Lettre Testament...

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Lettre Testament : cœur du charisme xavérien dans l’Église

À quelques jours du début du jubilé sur le centenaire de la Lettre Testament, ainsi qu’à la veille de notre première profession, je profite pour réfléchir, comme novice, sur la vie religieuse et missionnaire en m’appuyant sur les arguments de notre Père Fondateur. J’admire Mgr Conforti avec son cœur tout particulièrement voué à sa famille religieuse qu’il voulait effectivement missionnaire. D’un ton si majestueux, rempli d’une grande sollicitude paternelle, il a laissé un mémorial qui s’avère d’actualité en vue d’un renouvellement continuel à l’endroit de ses fils présents et à venir qu’il a même embrassés. Parmi les aspects qui lui tenaient à cœur dans son testament, je me limite à voir de près les quatre vœux spécifiquement xavériens.

Je vois d’abord Conforti, en introduisant son testament, qui manifeste le fondement de ses convictions : 

« Que chacun d’entre nous soit donc intimement persuadé que la vocation à laquelle nous avons été appelés ne pourrait être plus noble et plus grande, étant, départ sa nature, celle qui nous rapproche davantage du Christ, l’initiateur de la foi, qu’il mène à son accomplissement et des Apôtres qui, ayant tout quitté, se sont donnés entièrement et sans réserve aucune à sa suite et que nous devons considérer comme nos maîtres les mieux qualifiés. Le Seigneur ne pouvait être plus bon envers nous » (LT 1).

Le fondement des convictions de Conforti, demande donc une démarche intérieure. Il me fait penser à ce que dit Anselm GRÜN :

« Chaque être humain est unique : il laisse en ce monde, par sa vie, une trace que lui seul peut laisser. L'homme mûr est celui qui laisse cette trace personnelle au lieu d'inscrire ses pas dans la trace des autres »[1].

Le fondateur avait des motivations adultes, en rêvant une famille dont le Christ serait le fondement et les Apôtres les témoins de la vie missionnaire. C’est beau de constater que c’est la foi mûre de Conforti, vivante et authentique, qui fait émerger un grand don : notre famille missionnaire.

Le Père fondateur montre que la vie apostolique, jointe à la profession des vœux religieux, constitue en soi ce que l’on peut concevoir de plus parfait selon l’Évangile. Ainsi fait, Conforti signale en même temps que les vœux nous rendent semblables au modèle divin de prédestinés. C’est pourquoi les vœux nous aident à mourir à tout ce qui est de la terre pour vivre d’une vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ (cf. Col 3,3). Bien encore, les vœux sont une sorte de martyre de toute une vie dont la durée supplée à l’intensité de la souffrance si cette dernière fait défaut.

Finalité sublime ou vie apostolique 

Conforti invitait ses fils à pouvoir atteindre « la fin unique et exclusive » (C 2), en travaillant avec une ardeur de plus en plus grande à la diffusion de l’Évangile parmi les infidèles. L’Ad gentes est prioritaire dans l’inspiration confortienne. La seule, la modeste et l’unique contribution du missionnaire est la réalisation du présage du Christ visant la formation d’une seule famille chrétienne qui embrassera l’humanité tout entière (cf. LT 1).

Le missionnaire doit en même temps faire face aux risques de la vie pour qu’à son dernier soupir, il puisse dire comme Saint Paul :

« J’ai combattu le beau combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Dès maintenant m’est réservé la couronne de justice qu’en retour me donnera le Seigneur, en ce jour-là, lui le juste ; et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé sa manifestation » (2Tim 4,7-8).

Je crois que c’est cette certitude qui lui permettra de faire jaillir une source familiale où la fraternité serait au rendez-vous, où l’exemple de vie cohérente consoliderait les relations parmi les gens. Et pour que chaque Xavérien découvre sa joie apostolique, Conforti propose la voie de l’Apôtre des gentils : « Que chacun demeure dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu » (1Co 7,20). La fidélité au labeur apostolique passe par le truchement d’un cœur paisible et d’un esprit toujours orienté vers les réalités d’en haut.

La pauvreté 

Je crois que Conforti livre deux définitions de la pauvreté. D’abord, pour lui, la pauvreté est le tout premier renoncement que le Christ exige de ceux qui veulent être parfaits et se proposent de le suivre de tout près. Ensuite, la pauvreté est [...] ce qui rend libres de toute attache de ce monde, et sûrs d’entrer en possession du Royaume des cieux promis en priorité aux pauvres en esprit (cf. LT 4).

Dans le cœur de Conforti transparaissait les propos de Jésus au notable : Une seule chose encore te manque : tout ce que tu as vends-le, distribue-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi » (Lc 18,22). En effet, si la vie religieuse fonde ses convictions sur le détachement affectif et effectif, c’est que le sacrifice de l’égo est urgent en vue d’entrer en religion avec un esprit de gratuité. Cependant, le détachement des biens du monde aide le missionnaire à entrer dans l’optique de la soumission libre, aimante et confiante à la volonté de Dieu.

Je me sens alors invité à porter un nouveau regard sur les biens du monde qui sont pourtant éphémères. C’est pour quoi Conforti propose la pauvreté suffisante selon laquelle le missionnaire doit se contenter de ce qui lui est nécessaire (cf. 1Tim. 6, 8) et d’une capacité de bien prendre soin des biens patrimoniaux ainsi que de leurs droits y afférents (cf. LT 4). De cette manière, je vois que la pauvreté apprend au missionnaire à regarder les choses non pas comme une conquête qui pourrait même aboutir à une forme de cléricalisme, mais dans le sens d’un don reçu de Dieu et qu’il faut utiliser pour des fins supérieures. J’aime penser au Xavérien comme « un homme en exode », qui mène un style de vie simple et sobre, sans artifice et qui ne perd pas du temps pour les glorioles d’ici-bas.

La belle vertu (la chasteté) 

Pour le Saint Fondateur, la chasteté rend le missionnaire semblable aux Anges, objet des divines prédilections, dignes du respect et de l’admiration même de la part des hommes qui ne peuvent s’empêcher d’en subir l’attrait (LT 5). La chasteté est le mode opératoire d’une vie religieuse et missionnaire reçue. Le consacré, témoin de l’amour unique et gratuit de Dieu, décide d’imiter le Christ et il est celui qui a mis la main à la charrue sans se retourner.

Je pense que Conforti était bien conscient que la belle vertu de la pureté ferait couler beaucoup d’encre et qu’elle exposera le missionnaire aux dangers inhérents à la vie apostolique. Pour cela, il dit à ses fils que la chasteté leur permettra de produire beaucoup de fruits dans la mesure où Jésus sera leur premier et unique appui dans la joie tout comme dans la souffrance. Je me souviens de sa conviction : autant ce trésor inestimable est sans prix, autant est fragile le vase qui le contient. Je reconnais alors les facteurs de protection que Conforti propose pour se conformer au Christ : repousser l’oisiveté, les occasions dangereuses, les familiarités avec les personnes de sexe opposé tout en maitrisant ses affections sensibles ; il doit être sobre dans le manger et le boire, ennemi de toute duplicité.

Ça me réconforte de savoir que nombreux sont ceux qui ont réussi à se conformer au Christ : les saints, ayant traversé monts et collines, ont fini par attirer sur eux les bénédictions divines en obtenant toutes sortes des lumières. Ici, je vois le Xavérien comme celui qui cultive les mêmes sentiments de Jésus afin que, dans son célibat choisi de manière libre et consciente, se réalise l’immensité du dessein de Dieu au milieu des frères. Conforti nous livre un autre secret précieux : la chasteté nécessite une très grande humilité pour affronter n’importe quelle situation d’autant plus que qui méprise les petites choses, peu à peu tombera (Sir 19,1 ; LT 5).

L’obéissance 

Le véritable sacrifice auquel un être humain peut consentir est, au dire de Conforti, la volonté. Cette volonté se traduit dans un cœur purement libre et libéré. En mettant en pratique le vœu d’obéissance, le xavérien découvrira la pleine perfection chrétienne qui lui offre un cœur disponible et disposé à rendre service partout :

« Il nous faut nous garder totalement indifférents à l’égard de toute tâche ou devoir que l’on nous confierait ; prêts à nous rendre dans tel ou tel autre lieu de mission, à être affecté dans les maisons de l’Institut pour y exercer notre activité, de même qu’à partir travailler dans le champ évangélique qui serait confié à nos soins » (LT 6).

À quelques jours de la profession, je porte les sentiments de Pierre qui, malgré une nuit sans trouver de poisson, est appelé à affronter le défi de l’obéissance : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez » (Jn 21,6). Je suis sûr qu’un moment donné, un disciple bien-aimé dira à côté de moi : c’est le seigneur. L’obéissance chez Conforti passe par le biais d’une confiance sans mesure, de croire que les ordres des Supérieurs ne sont pas un poids à supporter mais une manière de vivre l’esprit de la dépendance qui est un argument probant de la vie religieuse. Ici, j’admire le Xavérien comme celui qui dit je ne m’appartiens plus, je suis un serviteur inutile, j’observe joyeusement les Constitutions, comme la Règle de vie qui découle de l’obéissance du Fils à la volonté de son Père.

Comme jeune, je me sens interpellé par la monition de Conforti : il met en garde tout celui qui aurait un esprit de réformisme, divisons et partis qui sont le fléau mortel des communautés religieuses dont certaines finirent par se désagréger et périr (LT 6). Nous avertir du danger n’est pas un signe de malédiction. Par-dessus, Conforti incarnait un esprit de prévoyance que seuls les hommes pieux et pleins d’intériorité possèdent. Pas d’harcèlement ni d’amour propre pour celui qui veut découvrir dans l’obéissance son plein épanouissement. Oui, de l’esprit d’obéissance dépendra la vie, la vigueur, la prospérité de notre Institut qui est appelé à former une troupe organisée et compacte qui se met aux ordres du Vicaire du Christ envers qui tout xavérien nourrira toujours une affection profonde et un attachement sans défaut. Faisant partie de l’Église, le Xavérien est et doit être un grand collaborateur avec les autorités ecclésiastiques. C’était d’ailleurs la vie de Conforti depuis son jeune âge, d’abord comme prêtre, ensuite comme Évêque et enfin comme Père fondateur.

Je rends grâce au Seigneur pour avoir découvert en Conforti l’exhortation à assumer « l’esprit de foi vivante ». Il a voulu que le Xavérien mette le Christ au centre de tout son programme de vie. Alors que je peux être tenté de découragement, je vois ainsi le Xavérien comme celui qui, en toutes circonstances, sera en mesure de dire : ce n’est plus moi qui vis ; c’est le Christ qui vit en moi (Gal 2,20). Celui qui se laisse assumer par le Christ, découvre en Lui forces, mérites, purification progressive de ses intentions, joies et consolations qui l’aideront à sentir doux le poids de son apostolat. C’est la plus grande valeur de la vie religieuse doublée à la vie apostolique.

Lucien Bisimwa Nakalonge
Kinshasa 02.06.2020


[1] https://www.decitre.fr/livres/accomplir-son-humanite-9782706705342.html#resume, consulté le 01 juin 2020.

Lucien Bisimwa Nakalonge
30 Septiembre 2020
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