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Commémoration d’Olga, Lucia, Bernardetta

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Commémoration d’Olga, Lucia, Bernardetta

une année après leur mort violente

Homélie de Turco Faustin sx à la Paroisse St Pierre Claver (Nguba-Bukavu, le 11.09.15)

Chers frères et sœurs,
révérends pères et révérendes sœurs,
chers chrétiens,

            Nous remercions Dieu aujourd’hui, une année après les funérailles des soeeurs Olga, Lucia et Bernadette. C’était le 11.09.2014. Nous nous rappelons que ce jour-là, nous avons célébré la Messe à la Cathédrale de Bukavu et puis nous avons accompagné nos sœurs dans notre cimetière de Panzi.

            Nous célébrons cette Messe au cours de l’année de la vie consacrée, décrétée par le pape François. Elle a commencé le 30 novembre dernier et elle terminera le 02 février 2016.

Se rappeler aujourd’hui des sœurs qui ont été tuées le 7 e le 8 septembre 2014 à Kamenge, c’est d’abord un acte de foi. Nous avions pu réfléchir maintes fois sur cela. Depuis ces-jours-là nous ne pouvons plus oublier ce qui nous est arrivé. C’est un acte de foi et pour cela nous avions besoin à chaque fois d’écouter la Parole de Dieu et de participer au sacrement de l’eucharistie qui nous donne vie : « Celui qui mange mon corps vivra éternellement » (Jn 6,51).

            Je vous propose de réfléchir sur la Parole de Dieu écoutée, à partir de la première oraison que St Guy-Marie Conforti a rédigée pour que chaque membre de la famille xavérienne puisse la prier le jeudi pendant l’adoration eucharistique. Cette première prière de notre Fondateur est pour nos consacrés. Et nous présentons à Dieu trois demandes :

« Par ta grâce sainte, daigne rendre fécond leur apostolat,
garde-les de tout danger
et fais-les plus dignes de travailler et d’endurer des souffrances pour la gloire de ton nom ».

            Daigne rendre fécond leur apostolat. Nous demandons à Dieu qu’il accorde aux missionnaires de vivre leur ministère de telle manière à voir les fruits que Jésus produit par leur présence et leur action dans la vigne du Seigneur. À travers les événements violents et horribles de l’année passée, nous reconnaissons des fruits spirituels que Dieu nous a offert. Nombreux ont été interpellé par la vie et la mort de ces sœurs, même ceux qui n’ont pas l’habitude de fréquenter l’Église, ou de croire en Dieu. L’assassinat des sœurs a touché la conscience de beaucoup de gens. Ils se sont mis devant la raison d’être : pourquoi tout cela est-il arrivé ? Voilà alors que le premier fruit qui rend fécond l’apostolat de nos sœurs est celui de croire en la vérité de l’évangile : « Celui qui veut sauver sa vie, la perdra. Celui qui perdra sa vie à cause de moi, il sera sauvé » (Lc 9,24). Le premier fruit est de retrouver le chemin de la croix glorieuse, une perle à porter chaque jour pour être disciples du Seigneur (cf. Lc 9,23). C’est le parcours dont témoignent nos martyrs : Bernadette, Lucia et Olga et tant d’autres martyrs, comme les pères Ottorino Maule, Aldo Marchiol et la laïque Catherine Gubert tués il y a vingt ans à Buyengero-Burundi le 30.09.1995, ou encore Mgr Munzihirwa Christophe, archevêque de Bukavu, dont la cause de béatification est en cours à travers le concours de la Compagnie de Jésus et de l’Archidiocèse de Bukavu.

            Daigne rendre fécond leur apostolat : quelqu’un prend sa croix chaque jour et qui suit Jésus Christ, il interpelle ceux qui l’entourent, il témoigne de la valeur de Jésus, la personne fondamentale et incontournable de notre vie, le fondement et l’accomplissement de notre vie.

            La deuxième demande de la prière de St Conforti dit : Garde-les de tout danger. Chaque jeudi, nous demandons à Dieu qu’il garde nos missionnaires de tout danger. C’était justement l’ancienne prière mariale documentée depuis le 3ème siècle après Jésus Christ, où les chrétiens persécutés imploraient le secours de la Vierge Marie : Sub tuum praesidium confugimus pour que, par l’intercession de la Mère de Dieu, nous soyons délivrés de tous les dangers. Alors, nous nous demandons comment nos sœurs ont pu mourir ainsi, alors qu’elles demandaient à Dieu d’être délivrées de tout danger. Nous retrouvons une lumière à cette question dans la lecture qui a été proposée dans cette eucharistie.  : « Nous trouvons des malheurs de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; (…) pourchassés, mais non rejoins ; terrassés, mais non achevés » (2Cor 4,8-9). Nos sœurs Lucia, Bernadette et Olga ont porté un grand trésor dans la fragilité de ces vases d’argiles qui caractérisent notre nature humaine. Et la manière dont elles ont su porter ce grand trésor peut témoigner de leur espérance et de leur confiance que Dieu les gardait de tout danger pour que leur foi ne défaille pas. Si nous, aujourd’hui, nous nous rappelons de nos sœurs et nous nous souvenons de leur manière de vivre, c’est parce qu’elles nous témoignent de beaucoup de vertus : ceux qui ont vécu avec elles, se rappellent de la manière où elles avaient l’habitude d’aller de l’avant, avec confiance, malgré les vicissitudes de la vie.

            Garde-les de tout danger : nous demandons à Dieu le fruit de l’espérance. Combien de fois, nous vivons dans les dangers, mais nous ressentons une grande force en nous-mêmes, une force providentielle, un force qui vient de Dieu. Je pense ici à la force que Dieu a offert aux sœurs Mercedes et Clémentine qui étaient dans la maison quand le bourreau a décapité Bernadette. Celui-ci avait même ouvert la porte de la chambre de Mercedes et puis il l’a fermée, après que Mercedes a haussé la voix. Clémentine a vu par la fenêtre l’ombre de celui qui venait de tuer sa consœur. Et bien, dans ces expériences, nos sœurs Mercedes et Clémentine nous ont montré beaucoup de force intérieure pour porter ce lourd fardeau. Vraiment, Dieu nous accorde une grande force dans les dangers. Et l’enseignement pour nous aujourd’hui est claire et nous le répétons, car parmi nous il y a aussi ceux qui se préparent à la vie religieuse et missionnaire : nous ne pouvons pas fuir la croix. Nous ne pouvons pas la contourner. Si nous fuyons la croix, nous ne grandirons pas dans la foi. Jésus a porté sa croix pour nous sauver et nous apprendre la logique du don gratuit. Et quand, dans l’épreuve, un chrétien réagit avec force intérieure, nous voyons clairement que sa réaction est le fruit d’un effort quotidien d’acceptation, de recherche de la volonté de Dieu, de confiance totale dans l’aide du Seigneur.

            La troisième demande de la prière de St Conforti concerne la persévérance : Fais-les plus dignes de travailler et d’endurer des souffrances pour la gloire de ton nom. Nous nous souvenons de la question de Jésus : « Quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? ». C’était la question qui a renversé la vie du jeune François Xavier, au 16ème siècle. François avait des rêves de succès dans sa vie, de principauté et de prospérité. Mais la question de Jésus a converti ses rêves : « Quel avantage l’homme aura-t-il à gagner… ? ». La même question nous est posée aujourd’hui. À quoi bon abîmer notre vie en poursuivant des idéaux mondains et futiles ? Dans la prière, nous demandons à Dieu que nos efforts soient pour sa plus grande gloire : Fais-les plus dignes de travailler et d’endurer des souffrances pour la gloire de ton nom. Dans l’humilité, dans la simplicité, dans la confiance continuons à œuvrer pour le Règne de Dieu.

            Fais-les plus dignes de travailler et d’endurer… Il y a un mois, nous étions dans un Congrès, en Italie, avec les autres responsables des différentes Circonscriptions Xavériennes du monde entier. Nous avons réfléchi sur le sens des événements de l’année passée : l’assassinat de sœurs xavériennes à Kamenge, le fléau de l’Ebola en Sierra Léone où la population a beaucoup souffert et nos communautés chrétiennes aussi (parmi nous, dans cette eucharistie, il y a un confrère qui a vécu cette situation en Sierra Léone et il pourrait bien témoigner de cette souffrance et plus encore du sens de l’évangélisation dans cette situation). Nous avons aussi réfléchi sur l’insécurité au Nord du Cameroun et au Sud du Tchad, ainsi qu’au Nigéria, à cause des fondamentalistes du Boko Haram. Jusqu’à présent, il y a des confrères et des sœurs xavériennes qui sont constamment escortés par la police pour être protégés par les menaces de Boko Haram. Nos réflexions en Italie ont abouti à une conviction ferme : l’assassinat de nos sœurs n’a pas été un simple accident de parcours. La vie missionnaire, et la vie chrétienne en général, est une vie dangereuse.

            Fais-les plus dignes de travailler et d’endurer… si nous rendons un service missionnaire est pour la gloire de Dieu, si nous prenons notre croix c’est pour la gloire de Dieu afin que l’humanité sache qu’à travers la souffrance nous parviendrons à la résurrection.

            Pour terminer, continuons à demander la grâce de Dieu pour nos consacrés et nos chrétiens, surtout ceux qui sont persécutés. Que Dieu les garde, les préserve de tout mal et leur accorde le don de la persévérance.

            Quand nous nous rappelons des défunts, nous cherchons à chaque fois d’imiter leur exemple de vie. Ce sont des pécheurs, et pour cela nous demandons pardon à Dieu pour eux et pour ceux qui les ont fait mourir. Mais nous ne pouvons pas oublier la lumière que nos sœurs défuntes nous ont transmise. Le 02.02.2015, fête de la Présentation du Seigneur au temple et fête de la vie consacrée, les consacrés de la ville de Bujumbura ont choisi de célébrer l’eucharistie de ce jour-là à la paroisse de Kamenge où les sœurs Olga, Bernadette et Lucia ont vécu. Les consacrés se sont rappelés du bien qu’elles ont fait pour les gens : dans la catéchèse, dans la pastorale, dans la charité (notamment lors de l’alluvion qui avait emporté en 2014 plusieurs maisons à Kamenge). Et les différentes congrégations ont alors décidé de poser un geste de solidarité pour aider la caisse de la Caritas de Kamenge pour que l’apostolat des sœurs puisse continuer. Beaucoup de consacrés ont alors répondu à cet appel de solidarité. Le bien fait ne laisse pas indifférents. Au contraire, si tu fais du bien, tu pousse d’autres personnes à faire autant.

            Il y a un autre témoignage qui nous dit que « les bontés du Seigneur ne sont pas finies ! » (Lam 3,22).  Tout ne s’est pas terminé le 07 et le 08 septembre 2014. St Paul disait aux Corinthiens : « L’amour ne finira jamais » (1Cor 13,8). Les soir du massacre j’ai partagé le dîner avec un docteur italien qui était venu au Burundi pour une mission de bénévolat. Il a été très touché par le deuil. Un mois plus tard, il m’écrit d’Italie : « Avec mon épouse, nous avons beaucoup réfléchi sur les événements vécu avec vous à Bujumbura. Nous nous sommes dit alors que la meilleure manière de pleurer les morts est de soigner les vivants ». C’est ainsi que ce médecin a fait toutes les démarches pour qu’un enfant de 2 ans, né ici à Bukavu avec une malformation cardiaque, puisse être opéré en Italie et rentrer au Congo guéri. Cet enfant s’appelle Emmanuel Bunyemu et il a voulu participer à cette eucharistie avec ses parents pour rendre grâce à Dieu qui lui a donné un cœur nouveau ! Nous aussi, à travers l’exemple de nos trois sœurs martyres, nous sommes appelés à changer notre cœur. Que Dieu nous guérisse à travers nos gestes de charité. Dans cette eucharistie, confions à Dieu l’âme de nos défunts, renouvelons notre espérance, élevons notre foi car « l’amour ne finira jamais » (1Cor 13,8).

 

 

Turco Faustino sx
15 Settembre 2015
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