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Flash RD Congo N°160 - Special - Menegazzo

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EN MEMOIRE DU P. MENEGAZZO

Chers confrères

Nous sommes profondément touchés par le départ de notre Père Général, Luigi Menegazzo et de partout nous nous unissons pour prier avec lui et pour lui. Merci de tout cœur pour toutes les initiatives de prière et le rencontre à l’intention de son repos. Sans doute nous retenons plusieurs éléments de lui et les témoignages nous arriverons de part et d’autre. Dans ce numéro découvrez le visage du P. Luigi et les merveilles du Seigneur, partage de Turco P. Faustino.

Le père Menegazzo et les merveilles du Seigneur

Il m’a été donné la grâce d’accompagner le père Menegazzo, avec le père Antonio Lopez, lors de leur dernière visite au Congo où nous avons célébré le Chapitre régional. Pendant un mois et demi (mars-avril 2016), j’ai observé sa manière de vivre en Xavérien, avec sa bonne humeur, ses convictions, sa joie de connaître les lieux et l’activité des confrères, même ceux qui sont déjà morts, avec un regard confiant face aux problèmes et le désir constant de chercher les voies les mieux adaptées pour la mission aujourd’hui. « La Visite aux Circonscriptions, il écrivait dans le dernier iSaveriani, offre toujours une double opportunité : la rencontre avec les confrères et leur apostolat et la rencontre avec la main du Seigneur qui les accompagne depuis toujours »[1]. Je voudrais souligner quelques traits pour une manifestation d’affection et pour raconter, brièvement, les merveilles que le Seigneur a accomplies dans la mission qu’il a confiée au père Luigi.

L’honnêteté. En traduisant en français ses interventions, surtout dans nos maisons de formation, je m’apercevais qu’il soulignait souvent le trait humain suivant : être des personnes honnêtes. En regardant de près, lui-même il tenait à vivre cette valeur. Dans ses déplacements, il manifestait un esprit de détachement en employant des ordinateurs communautaires, en remplissant ses valises des choses pour les confrères, en remerciant de tout ce qu’on lui offrait, quel que soit la qualité ou la quantité, même si ce n’était pas facile pour lui, missionnaire au Japon, s’adapter à recevoir des poules ou des chèvres avant la bénédiction finale de la Messe ! Et il savait rire et accueillir, en disant, même longtemps après, « j’ai la nostalgie de ces cadeaux-là ! ».

La curiositas. On acquiert des connaissances grâce à un esprit de recherche. Entre un discours et l’autre, il posait simplement une question pour voir ce qui est typique d’un lieu ou d’une mission : « Alors, une petite curiosité : comment appelle-t-on le vélo en bois que les gens utilisent à Goma pour transporter les choses ? » Je ne cache pas que, parfois, avant d’arriver dans une de nos missions, j’allais « réviser la matière » en cherchant les données historiques de notre présence, les confrères qui l’ont commencée, les événements qui l’ont marquée, la portée missionnaire qu’elle a pour nous… Malgré cela, mon ancien professeur d’anthropologie culturelle parvenait à me poser des questions auxquelles je ne savais pas répondre ! Il voyait les missionnaires comme « des apôtres bien préparés, connaisseurs expérimentés de Jésus-Christ, missionnaires humainement riches, justement pour ne pas risquer de courir ou d’avoir couru en vain (cf. Gal 2,2) »[2].

Entre écoute et orientations claires. Le soir, à Kasongo ou à Ndosho où à Bukavu, il venait chercher au réfectoire la citronnelle, avant d’aller se coucher. C’était le moment de « la mise au point » pour bien terminer la journée et mieux repartir le lendemain, avec une incroyable prévoyance et un savoir faire élégant, fruit de sa compétence. Autour de cette citronnelle, il y avait encore quelque chose de plus profond, au-delà de l’organisation ou de la bonne digestion. Il cherchait l’entente quand les points de vue étaient différents, et, après l’écoute et l’échange, je reconnaissais que dans son mot de conclusion, anticipé par la parole typique « comunque », c’était lui notre supérieur à qui revenait d’offrir l’orientation claire pour bien nous guider. Parfois j’ai constaté que même ceux qui sont normalement taxés d’être « disciples de la pensée unique », c’est-à-dire, des personnes peu ouvertes dans leurs visions, sortaient contents après le dialogue avec le père Gigi. Comment parvenait-il à créer l’entente ? Peut-être que dans ses attitudes, il menait la personne à chercher la vérité, sans trop de contours et en toute fraternité.

La proximité. Je me suis senti fier d’avoir un père général qui, en plein fléau de l’ébola en Sierra Léone, il s’est rendu à Makeni rendre visite aux confrères, en janvier 2015 : notre cœur ne peut pas oublier ces gestes et ces attentions. J’ai vu cette belle proximité quand il s’impliquait dans les différentes difficultés, voire tragédies, vécues dans nos missions : des e-mails brefs, avec des mots clairs, incisifs et encourageants et même en demandant pardon s’il répondait avec quelques jours de retard, comme si j’étais son seul correspondant ! Je me souviens que le 08.09.2014, juste quelques heures après la mort des Xavériennes à Bujumbura, le père Gigi a trouvé des mots de condoléances que j’ai lus pendant la Messe des obsèques au Mont Sion, à Bujumbura. Plusieurs personnes sont venues me demander ce texte en disant d’avoir été fort soutenues dans leur douleur. La radio française, RFI, les a diffusés au monde entier, tant il a été inspiré avec la parole qui convient et le courage de la fraternité : « Leur assassinat - disait-il - est un événement terrible, inexplicable, atroce. Pourquoi ces missionnaires ont-elles été tuées en cette manière horrible ? Aucune réponse ne me vient à l’esprit. Sincèrement, ce n’est pas humain. Seulement la foi rassure le cœur. Dieu connaît nos cœurs. Il connaît nos pensées. Il connaît nos actions. Olga, Lucia et Bernadette ont aimé le Seigneur, ont aimé les frères et sœurs congolais et burundais. L’amour ne meurt jamais, l’amour est éternel. Elles vivront donc dans l’éternité »[3]

L’esprit de foi vivante. Je crois que derrière cette capacité de verbaliser les sentiments, il y avait tout son esprit de foi, sa capacité à contempler, dans le silence des veilles de la nuit, la beauté de l’amour. Il avait écrit un jour : « Dans la Chapelle de la communauté du théologat de Manille, le tableau représentant les images de Conforti avec François Xavier porte la phrase: Ubi amor, ibi oculus (où est l’amour, là sera aussi ton regard). C’est une excellente interprétation de la vie de Mgr Conforti et cela doit être aussi notre programme de vie »[4]. Si nous aimons le Christ et sa mission, notre regard demeure fixé sur lui, dans la mission qui nous est confiée. Je me suis senti porté dans sa prière quand, très souvent, il terminait ses mails en disant « Ti ricordo nella preghiera ».

Le besoin de croissance spirituelle et missionnaire. Pendant ces derniers mois, nous échangions souvent, avec lui et le père Camera, au sujet de la postulation des confrères tués à Baraka et Fizi en 1964. Il tenait à faire ressortir les bons exemples de sainteté dans la vie et l’histoire de la Congrégation en disant que la « cause de postulation servira à la Congrégation pour sa croissance spirituelle et missionnaire et à l’Église d’Uvira un exemple de foi pour le monde entier ». Il a demandé alors à tous les confrères « de connaître nos martyrs, les faire connaître, demander leur intercession et leur bénédiction, imiter leur foi et cela dans la totale et incontournable consécration de notre vie à l’Évangile »[5].

Nous remercions le père Luigi au-delà des paroles que nous pouvons exprimer et qui, d’ailleurs, nous manquent pour dire le service fraternel et compétent qu’il a assuré dans notre famille xavérienne. Seulement le Seigneur connaît toute la gratitude que nous portons dans le cœur. Les fruits ont été nombreux et de qualité. Père Luigi, nous répétons la phrase que tu nous disais souvent : « Fatti sentire ! ». Rappelle-toi de nous et de notre chère famille missionnaire.


[1] Luigi MENEGAZZO, « Editorial », iSaveriani 97 (oct. 2016), p. 3.

[2] Luigi MENEGAZZO, “Lettre aux Supérieurs des Circonscriptions (21.09.2015)”.

[3] Luigi MENEGAZZO, “Lettre au père Mario Pulcini (08.09.2014).

[4] Luigi MENEGAZZO e Carlo GIROLA, « Lettre au théologat de Manille (16.12.11)”, iSaveriani 69, (fév. 2012),  p. 22.

[5] Luigi MENEGAZZO, “Lettre aux confrères (21.02.2016), iSaveriani 94 (mar. 2016), p. 13.


Ce mardi 20 déc. À 14h00 sera organisée une messe pour son repos dans notre Maison Régionale. Nous invitons aussi nos communautés au niveau local à faire un petit programme de manière à associer nos amis à cet événement qui nous touche quand nous approchons la célébration du mystère de notre salut dans la naissance de Jésus. 

Missionari Saveriani RD Congo
19 Diciembre 2016
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